Histoire de la galette, des pierres chaudes à l'Épiphanie
Avant le pain, il y eut la galette : une bouillie de céréales cuite sur une pierre chaude. De ce geste néolithique descendent aussi bien la galette de sarrasin bretonne que la galette des rois — deux histoires qui méritent d'être racontées séparément.
Le plus vieux plat du monde ?
La galette — pâte de céréales écrasées, eau, cuisson sur surface chaude — précède le pain levé de plusieurs millénaires. Des traces de galettes cuites ont été identifiées sur des sites du Proche-Orient antérieurs à l'agriculture elle-même : on moulait des graines sauvages avant de savoir les cultiver. Le mot français, lui, vient de « galet », la pierre plate sur laquelle on cuisait. Toutes les cuisines du monde ont leur descendante : tortilla, chapati, injera, pita… et les nôtres.
La galette de sarrasin : le pain des terres pauvres
Le sarrasin arrive en Bretagne au XVe siècle, probablement par les routes commerciales, et la légende en attribue la promotion à la duchesse Anne. Ce « blé noir » pousse vite sur des sols acides, sans exigence : il devient la culture vivrière des campagnes bretonnes. Cuite sur la pierre puis sur la plaque de fonte — le billig —, la galette est le quotidien breton pendant quatre siècles : on la mange nature, au beurre, ou trempée dans le lait ribot. Le déclin de la culture du sarrasin au XXe siècle a failli l'emporter ; la crêperie, née comme commerce urbain dans l'entre-deux-guerres, l'a sauvée et mondialisée. Aujourd'hui, une IGP protège la farine de blé noir de Bretagne. La pratique est détaillée dans notre guide de la galette bretonne.
La galette des rois : de Saturne aux Rois mages
À Rome, pendant les Saturnales de décembre, l'ordre social s'inversait : un « roi du festin » était tiré au sort avec une fève glissée dans un gâteau — y compris parmi les esclaves. Le christianisme a superposé à ces réjouissances la fête de l'Épiphanie, le 6 janvier, et le gâteau au sort a survécu sous un habit nouveau. Le partage porte même une trace de l'ancien rite : le plus jeune sous la table, distribuant les parts à l'aveugle, rejoue le tirage au sort antique.
La galette feuilletée s'impose au nord à partir du XVIIe siècle, avec les progrès du feuilletage ; le sud reste fidèle à la brioche en couronne. La fève, longtemps un vrai haricot, devient figurine de porcelaine à la fin du XIXe siècle — naissance de la fabophilie. Épisode révolutionnaire : en 1794, on tenta de rebaptiser l'objet « galette de l'Égalité », sans roi ni fève couronnée. L'Élysée en garde un écho : depuis 1975, la galette présidentielle est servie sans fève.
Les galettes régionales, un patrimoine en mosaïque
- Galette comtoise : pâte à choux à la fleur d'oranger, l'Épiphanie version Franche-Comté.
- Galette charentaise : sablé épais parfumé à l'angélique.
- Galette pérougienne : pâte briochée fine, beurre et sucre caramélisés, gloire du village de Pérouges.
- Couronne provençale : brioche aux fruits confits, avec fève et santon.
- Galette saucisse : le monument de rue rennais.
Et « Roule Galette » ?
Impossible de finir sans le conte : Roule Galette, l'album du Père Castor (1950), adaptation française d'un conte russe (le Kolobok), a installé la galette dans l'imaginaire de générations d'enfants — celle qui s'échappe par la fenêtre et roule, roule, jusqu'au renard. Son histoire et ses usages pédagogiques ont leur page : Roule Galette, le conte.